Saunier junior à la Grande Saline

« Maman, pourquoi Salins-les-Bains s’appelle Salins-les-Bains ? Parce que les bains, je vois : ce doit être une histoire de thermalisme, comme l’endroit où va mamie. Mais Salins… ça vient bien de sel ce mot, non ? Et le sel, c’est dans la mer. Mais le rapport avec la mer ici, je ne vois pas bien ». En voilà une question mon François…

François, c’est mon fils ; il a 11 ans et plein de “questions qui le questionnent” et ce, depuis qu’il est tout petit. A celle-ci, j’ai bien quelques éléments de réponses, mais plutôt que de les lui livrer au petit-déjeuner entre deux tartines ou devant les écrans de nos ordinateurs, je choisis de l’emmener à la source (!) de cette mystérieuse énigme : la Grande Saline de Salins-les-Bains.

A la conquête de l’or blanc

Sur la route, je lui explique qu’il y a très très longtemps, les Montagnes du Jura que nous traversons étaient noyées sous une mer tropicale ; ses plages étaient le terrain de jeu (et surtout de chasse) d’effroyables dinosaures et l’eau de la mer était, comme toutes les eaux de mer, salée. Mais en plein mois d’août, au milieu de tout ce vert et de tous ces arbres, je sens bien que mon histoire de plage tropicale ne prend pas vraiment.  Et pourtant…

Grande-Saline-Salins-les-Bains

 

Nous voici devant les bâtiments qui abritent les réponses aux questions de François. Une immense « boite » en acier (joliment rouillé) qui enserre les infrastructures anciennes et par laquelle nous pénétrons dans le Musée du sel. La visite commence. Une jeune guide nous pose le décor historique de l’exploitation salifère à Salins-les-Bains devant une grande maquette de bois.

maquette-grande-saline

Jadis, la mer et les plages tropicales

En préambule, elle évoque les fameuses mer et plage tropicales qui s’étiraient ici il y a quelque chose comme 200 millions d’année. “Et qui dit mer, dit sel” souligne la jeune femme (j’adresse au passage un petit clin d’œil à François). “Celui-ci est cristallisé dans les sous-sols sous forme de gisement. Et ça ressemble à ça” La guide nous montre une sorte de pain de sel avant de poursuivre : La région est verte, ça ne vous aura pas échappé. Ce qui signifie donc qu’il pleut. Souvent même. Des eaux de pluie qui traversent le sol salé et se chargent en minéraux par dissolution. L’eau ainsi salée s’accumule dans les roches poreuses et c’est dans ces poches qu’on peut la pomper pour l’extraire”.

 

salins-les-bains-saumure

Du sel à Salins-les-Bains, depuis l’âge de pierre

A Salins-les-Bains on exploite ces sources depuis le néolithique. François se remémore ses cours d’histoire et me précise que c’est “l’âge de la pierre nouvelle” qui succède au paléolithique. Ce que confirme le guide : “Soit 7000 ans avant J.C.” “Ah oui, quand même !” s’étonnent les visiteurs. Beaucoup plus proche de nous, au VIIIe siècle, sont construites ici les premières salines afin d’extraire l’or blanc. “Le sel était l’un des seuls  moyens connus de conservation des aliments. Un gage de survie, une arme de pouvoir, de conquête et donc une précieuse monnaie d’échange jusqu’à une période relativement récente. Il fait l’objet d’un impôt, la redoutée gabelle, et donc de trafics, contrebandes et vols”.

Le sel, source de richesse

Une ressource ultra convoitée donc et qui explique le déploiement de moyens et d’ingéniosité pour l’exploiter et le protéger. Notre guide nous explique les différents procédés mis au point pour le pompage permettant d’aller de plus en plus profond dans le sol et obtenir de plus fortes concentrations en sel. Ici, une pompe installée au XVIIIème siècle, toujours visible et fonctionnelle, descend à 246 mètres sous terre pour extraire une eau concentrée à 330 g par litre.

 

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Seconde phase de la visite : “Enfilez un pull, il fait très frais là où nous allons”

Sur les pelouses en face des bâtiments, nous empruntons un escalier aussi discret que raide. Nous descendons dans la grande galerie, voir cette fameuse pompe et les installations pour capter l’eau des puits. Trois puits en fait, alimentant la saline en eau douce et eau salée. Notre guide nous explique le système de noria utilisé jusqu’en 1750 puis remplacé par une pompe actionnée par une roue à auget activée par les eaux de la Furieuse. Les voûtes de la galerie sont impressionnantes. Devant la fameuse pompe, on nous invite à goûter la saumure extraite 246 mètres plus bas. “Juste une goutte, sur le bout des doigts, c’est suffisant”. François grimace “J’ai ma réponse maman, je sais pourquoi ça s’appelle Salins-les-Bains !”

Suivre le saumoduc : une balade 100% Unesco

Nous remontons à la surface, dans le bâtiment qui abrite les poêles. La chaleur, l’humidité,  le poids des outils que manipulaient ici les tireurs de sel. On imagine sans peine le labeur épouvantable des sauniers. Ceux d’ici, et ceux de la Saline Royale d’Arc-et-Senans à une vingtaine de kilomètres. « Maman, si j’ai bien compris, ce sont les eaux d’ici qui alimentaient la Saline Royale. Et si on suivait le saumoduc, ce serait une super balade, non ? ”Une balade 100% UNESCO mon chéri”. “Et c’est quoi UNESCO exactement ?” En voilà une question mon François…

Plus d’informations :

www.salinesdesalins.com

Anne
A propos de l'auteur :

Anne

Ce qu’elle aime:  les belles histoires ! Rencontrer des gens, les écouter, comprendre leurs métiers, leurs passions, leurs vies, leur pays. Elle est aussi une fan de pique-nique. Elle aime poser sa nappe à carreaux dans une « salle à manger » grandeur nature. Anne aime se promener dans les villes, les mains dans les poches et le nez au vent. Elle aime aussi déguster des produits et des plats à l’endroit où ils naissent : un vin dans sa parcelle, un fromage dans sa cave d’affinage, un chocolat raconté par le chocolatier…etc. Les jolis décors et les belles maisons (hôtels, restaurants et chambres d’hôtes)

Ce qu’elle n’aime pas: la foule, le bruit des mobylettes, les appareils électroménagers…Les gens ronchons et blasés, qui ne s’émeuvent ni ne s’émerveillent de rien.

Son hobby insolite:  ne pas en avoir… sinon cultiver la gourmandise au point que les vignobles et spécialités culinaires guident souvent ses choix de voyages ou d’escapades. Et puis aller aux champignons sans pouvoir s’arrêter d’en cueillir. Ne le dites pas au garde-chasse !

Son meilleur souvenir dans les Montagnes du Jura: Une joyeuse semaine de vacances d’été avec sa tribu dans une ferme des Bouchoux. Un pique-nique nocturne et sous les étoiles avec un géologue qui lui a conté l’origine du massif entre deux gorgées d’un excellent Poulsard à température idéale.

Son  endroit préféré dans les Montagnes du Jura Voilà une question difficile. Un lieu est attaché à un souvenir, à une rencontre, à un événement. Et donc elle n’a pas un endroit préféré, mais une centaine ! Mais si elle ne devait en citer qu’un, ce serait peut-être les paysages si joliment vallonnés du côté des Molunes et de Bellecombes.



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