Réconciliation sur le Pont de la Goule

Un jour, on m’a demandé de réaliser un article sur la réouverture, après travaux, du Pont de la Goule. Autant dire que je ne savais même pas qu’il existait. Et encore moins où il se cachait. Car c’est un peu ce qui caractérise ce petit pont suspendu sur le Doubs, entre la France et la Suisse du côté de Charmauvillers, à 2h30 de route de chez moi. Pour rédiger ce papier relativement court qui devait paraître dans un magazine régional, je passe donc quelques coups de fils et fais des recherches sur internet. 

pont de la goule

Le Pont de la Goule… Toute une histoire!

Une première passerelle en bois avait été construite en 1877, puis remplacée en 1902 par un pont en acier riveté. Mais 111 ans plus tard (quand même !), l’édifice avait bien souffert. Des intempéries principalement. Il était grand temps de le remplacer. En juillet 2013, le petit pont bien connu des pêcheurs, des randonneurs et des travailleurs frontaliers, est donc démonté. Des travaux complexes s’ensuivent pour en édifier un nouveau. En acier Corten, aux lignes design, et surtout sans entretien. La date de réouverture du Pont de la Goule m’est communiquée par mes interlocuteurs. L’article est prêt. Validé par tous. Et naturellement, il est publié. Mais là, catastrophe : le pont est toujours fermé à la circulation. Erreur de débutante, j’aurais dû mieux vérifier mes sources (pour parler d’un pont, c’est un comble ;-), fussent-elles officielles en l’occurrence. Bref, vous l’imaginez, je n’ai plus jamais travaillé pour ce journal.

Autant dire que depuis près de 2 ans, j’avais un petit contentieux à régler avec ce pont. Alors un jour que je passais par là, j’ai décidé d’aller lui dire ma façon de penser et déverser dans le Doubs qu’il enjambe désormais à nouveau, quelques larmes de rancœur. Tiède la rancœur. Une toute petite rancœur en vérité. Mais quand même. Disons que je pardonne à mes ennemis, mais j’ai les noms comme dit mon amoureux.

pont de la goule

Une escapade pleine de surprises

Bref, me voici à Charmauvillers. Un discret panneau m’indique le fameux pont. Bien vite, la route dégringole entre les bois, dans une vallée escarpée. Ça tourne, ça plonge, ça retourne et je plains en secret un petit groupe de cyclistes qui fait le chemin inverse. Mais eux ont plutôt l’air de se régaler en fait. Chacun son truc… Mon principal effort à moi, consiste à appuyer sur le frein et jouer de la direction (très) assistée de ma petite Fiat. Des sentiers s’égarent de part et d’autre de la route, comme des invitations à la balade. « Oh maman, tu imagines les champignons ici cet automne ? » me dit mon fils. « Si j’imagine ? J’en rêve oui ! »

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Au détour d’un virage, le ciel de feuilles s’ouvre au dessus d’une petite chapelle. Un jeune couple de randonneur en sort. « On s’arrête nous aussi maman ? ». Bien sûr qu’on s’arrête et c’est d’ailleurs révision de lecture sur le panneau de la bien nommée Chapelle Notre-Dame des Ermites. Nous sommes ici au Bief des Toz. On apprend que le lieu-dit tient son nom d’un petit torrent « Le bief », et des « Toz » qui sont une espèce de pins. L’endroit a connu une intense activité industrielle jusqu’à la fin du 19ème siècle avec des moulins à grains, une clouterie, une taillanderie et même la Verrerie des Essards Cuenot, fondée en 1684 et dont l’activité a perduré jusqu’en 1850. « Tout ça ici ? » s’étonne mon petit bonhomme. « Ben oui… il est écrit que les inondations de 1910 et un incendie pendant l’hiver 1917-1918 ont tout détruit, excepté la chapelle et une maison ». On apprend encore que la chapelle fut construite en 1694 et porte le nom de son fondateur Jacques Rondot. Il était le maître des moulins et fut victime d’un accident de cheval. L’homme avait fait le vœu d’ériger une chapelle s’il s’en tirait. Il tînt sa promesse.

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Nous poussons la porte. Cette petite chapelle est absolument charmante. Des vitraux contemporains en ogive apportent une jolie lumière. Des cierges éclairent le chœur protégé par un bel ouvrage en fer forgé. C’est beau et si calme. Au-delà du contexte religieux ou mystique, je commence presque à faire la paix avec l’idée du Pont de la Goule 😉

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Haut-lieu de contrebande

Quelques virages plus bas, voici enfin l’objet de mes tourments. Objectivement, c’est superbe cet endroit ! Un grand soleil baigne la rive suisse du Doubs. Le cours d’eau, large et paisible en amont, se brise sur un barrage pour se glisser sous le pont dans un cours tumultueux et sauvage. Les lignes modernes et l’aspect rouille de ce pont-frontière se fondent harmonieusement dans le paysage. Piétons, cyclistes et motards jouent comme nous à saute-frontière avec pour principal projet contrebandier d’aller boire un verre sur la terrasse du bar-restaurant suisse qui jouxte le pont. Nous sommes justement à l’étape C du parcours des Gabelous sur les Chemins de la Contrebande franco-Suisse, et une silhouette découpée figure les douaniers surveillant autrefois la frontière. « C’est quoi maman les Chemins de la Contrebande ? ». « Une sorte de sentier thématique avec des énigmes ». « Génial, on pourrait le faire ? Dis, c’est bien ici. Oh je suis bien moi ! ». Avec mon petit « médiateur de conflits » de 10 ans, la belle lumière de fin de journée et cette ambiance chlorophylle tellement apaisante, ma réconciliation avec le Pont de la Goule semble en bonne voie.

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Anne
A propos de l'auteur :

Anne

Ce qu’elle aime:  les belles histoires ! Rencontrer des gens, les écouter, comprendre leurs métiers, leurs passions, leurs vies, leur pays. Elle est aussi une fan de pique-nique. Elle aime poser sa nappe à carreaux dans une « salle à manger » grandeur nature. Anne aime se promener dans les villes, les mains dans les poches et le nez au vent. Elle aime aussi déguster des produits et des plats à l’endroit où ils naissent : un vin dans sa parcelle, un fromage dans sa cave d’affinage, un chocolat raconté par le chocolatier…etc. Les jolis décors et les belles maisons (hôtels, restaurants et chambres d’hôtes)

Ce qu’elle n’aime pas: la foule, le bruit des mobylettes, les appareils électroménagers…Les gens ronchons et blasés, qui ne s’émeuvent ni ne s’émerveillent de rien.

Son hobby insolite:  ne pas en avoir… sinon cultiver la gourmandise au point que les vignobles et spécialités culinaires guident souvent ses choix de voyages ou d’escapades. Et puis aller aux champignons sans pouvoir s’arrêter d’en cueillir. Ne le dites pas au garde-chasse !

Son meilleur souvenir dans les Montagnes du Jura: Une joyeuse semaine de vacances d’été avec sa tribu dans une ferme des Bouchoux. Un pique-nique nocturne et sous les étoiles avec un géologue qui lui a conté l’origine du massif entre deux gorgées d’un excellent Poulsard à température idéale.

Son  endroit préféré dans les Montagnes du Jura Voilà une question difficile. Un lieu est attaché à un souvenir, à une rencontre, à un événement. Et donc elle n’a pas un endroit préféré, mais une centaine ! Mais si elle ne devait en citer qu’un, ce serait peut-être les paysages si joliment vallonnés du côté des Molunes et de Bellecombes.



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